Vérifier son relevé de carrière : le guide complet

Votre pension sera calculée sur les données de votre relevé de carrière — et ces données sont fréquemment fausses. Voici la méthode pour le contrôler ligne par ligne, les 12 erreurs à rechercher et la procédure pour les faire corriger.

Claude-Henri PoitouClaude-Henri PoitouSpécialiste retraite · 18 régimes
Publié le 10 juin 2026 · 14 min de lecture
L'essentiel
  • Votre relevé de carrière (RIS) est le document de référence pour le calcul de votre pension : toute erreur non corrigée se répercute à vie.
  • Selon la Cour des comptes, 1 pension nouvellement attribuée sur 9 comporte une erreur financière — le plus souvent à cause du relevé.
  • La vérification se fait année par année, en comparant avec vos justificatifs : bulletins de paie, attestations chômage, livret militaire.
  • Commencez au moins 2 ans avant le départ : une correction prend de 2 à 18 mois selon la caisse.

Votre relevé de carrière — le RIS, pour Relevé Individuel de Situation — récapitule l'ensemble de vos droits acquis dans tous vos régimes de retraite : trimestres validés, salaires reportés année par année, points de complémentaire. C'est sur ces données, et uniquement sur elles, que sera calculée votre pension. Le problème : personne ne vérifie ces données à votre place. Les caisses enregistrent ce que les employeurs ont déclaré, parfois il y a 30 ou 40 ans, et les erreurs ne sont corrigées que si vous les signalez.

L'enjeu n'est pas théorique : la Cour des comptes relève qu'une pension nouvellement attribuée sur neuf comporte une erreur financière (certification des comptes du régime général, exercice 2025). Ce guide vous donne la méthode complète pour vérifier votre relevé, la liste des 12 erreurs à rechercher en priorité, et la marche à suivre pour les corriger.

Où récupérer votre relevé de carrière

Rendez-vous sur info-retraite.fr et connectez-vous avec FranceConnect. Dans la rubrique « Ma carrière », vous pouvez consulter et télécharger en PDF votre relevé tous régimes confondus : régime général (CNAV), complémentaire AGIRC-ARRCO, mais aussi SSI pour les indépendants, MSA, CIPAV, CARMF, fonction publique… C'est ce document consolidé qu'il faut vérifier — pas seulement le relevé de votre caisse principale.

RIS ou EIG ?
Le RIS liste vos droits acquis (trimestres, salaires, points) — c'est lui qu'on vérifie. L'EIG (Estimation Indicative Globale, envoyée à partir de 55 ans) projette le montant de votre future pension… à partir des données du RIS. Si le relevé est faux, l'estimation l'est aussi : une EIG rassurante ne prouve rien.

La méthode de vérification en 6 étapes

1. Repérez les années vides ou incomplètes

Parcourez le relevé chronologiquement. Toute année où vous avez travaillé doit afficher des trimestres et un revenu. Une année à 0 trimestre alors que vous étiez en activité — ou avec 1 à 3 trimestres alors que vous avez travaillé toute l'année — est l'anomalie la plus fréquente et la plus simple à repérer.

2. Contrôlez le nombre de trimestres par année

Un trimestre se valide par le revenu : 150 fois le SMIC horaire de revenu brut soumis à cotisations (1 803 € en 2025 ; 4 trimestres avec 7 212 €). Le maximum est de 4 trimestres par année civile, tous régimes confondus. Vérifiez les deux sens : des trimestres en moins (revenu mal reporté), mais aussi des années qui dépasseraient 4 trimestres en cumulant plusieurs régimes — elles seront écrêtées au moment de la liquidation.

3. Comparez les salaires reportés à vos bulletins de paie

Pour le régime général, la pension dépend du salaire annuel moyen (SAM) : la moyenne de vos 25 meilleures années, revalorisées par l'inflation et plafonnées au plafond de la Sécurité sociale de chaque année. Un salaire sous-évalué sur une de vos meilleures années tire la moyenne — donc la pension — vers le bas, sans faire disparaître de trimestre : c'est l'erreur la plus difficile à voir.

4. Vérifiez les périodes « assimilées »

Chômage indemnisé (1 trimestre par 50 jours), maladie (1 trimestre par 60 jours d'indemnités journalières), maternité, invalidité, service militaire (1 trimestre par 90 jours) : ces périodes valident des trimestres sans cotisation. Elles transitent par des échanges entre organismes (France Travail, CPAM, armée) et se perdent régulièrement en route.

5. Contrôlez vos points de complémentaire

Pour un salarié du privé, la complémentaire AGIRC-ARRCO représente souvent 30 à 60 % de la pension totale. Le relevé de points mérite la même vérification que les trimestres : années sans points, points de l'ancien régime AGIRC mal convertis lors de la fusion de 2019, primes non prises en compte.

6. Croisez les régimes si vous avez une carrière mixte

Salarié puis indépendant, public puis privé, périodes à l'étranger : chaque transition entre régimes est une zone à risque — doublons, périodes « dans le vide », transferts mal effectués. Les carrières multi-régimes concentrent une part disproportionnée des anomalies.

La vérification manuelle prend des heures. Le moteur d'analyse, quelques minutes.

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Les 12 erreurs à rechercher en priorité

1

Trimestres de service militaire absents

Impact : 1 à 5 trimestres

Le service national valide 1 trimestre par période de 90 jours (365 jours = 5 trimestres, arrondi au supérieur). Ces trimestres ne sont pas reportés automatiquement pour de nombreux appelés, surtout avant les années 2000 : il faut souvent produire l'état signalétique et des services.

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2

Périodes de chômage mal ou non reportées

Impact : 1 à 12 trimestres

Le chômage indemnisé valide 1 trimestre par 50 jours d'indemnisation ; le chômage non indemnisé est limité à 6 trimestres (4 si jamais indemnisé). Les transmissions entre France Travail et les caisses sont régulièrement incomplètes, en particulier pour les périodes anciennes.

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3

Points AGIRC-ARRCO manquants

Impact : jusqu'à 60 % de la pension d'un cadre

Années sans points malgré un emploi salarié, conversion AGIRC→ARRCO de 2019 à contrôler, primes et tranches de cotisation mal déclarées : la complémentaire est le second poste d'erreurs — et le plus coûteux pour les cadres.

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4

Temps partiel : trimestres et salaires sous-comptés

Impact : trimestres + SAM

Un temps partiel peut valider 4 trimestres par an dès que le revenu annuel suffit — mais les années à cheval entre deux contrats, les cumuls d'employeurs et les cotisations calculées sur une base erronée produisent des trimestres manquants.

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5

Congé maternité ou parental non comptabilisé

Impact : 4 à 8 trimestres par enfant

Majoration maternité (4 trimestres par enfant) et majoration éducation (4 trimestres, attribués à la mère par défaut) : normalement automatiques, mais des oublis existent, surtout pour les enfants nés avant 2010 et en cas de carrière multi-régimes.

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6

Arrêt maladie, invalidité, AT-MP non comptés

Impact : trimestres assimilés perdus

60 jours d'indemnités journalières = 1 trimestre ; une pension d'invalidité valide des trimestres chaque trimestre civil. Ces droits transitent par la CPAM et se perdent fréquemment, notamment lors des changements de caisse ou de statut.

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7

Salaires manquants ou SAM erroné

Impact : pension réduite à vie

Salaire reporté en dessous du réel, année absente du calcul, mauvaise prise en compte du plafond : l'erreur ne se voit pas sur le nombre de trimestres, mais elle ampute le salaire annuel moyen — donc chaque mensualité de pension.

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8

Entreprise disparue : période impossible à prouver ?

Impact : des années entières en jeu

Votre employeur a fermé, fusionné ou disparu et la période n'apparaît pas sur le relevé ? La période n'est pas perdue : bulletins de paie, certificats de travail, relevés bancaires et témoignages permettent de reconstituer les droits.

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9

Jobs étudiants et petits boulots oubliés

Impact : 1 à 4 trimestres

Emplois saisonniers, jobs d'été, premiers contrats : dès 1 803 € de revenu brut annuel (valeur 2025), un trimestre est validé. Ces premières années manquent souvent au relevé — et elles peuvent être décisives pour un départ anticipé carrière longue.

10

Apprentissage et stages mal valorisés

Impact : début de carrière amputé

Les périodes d'apprentissage cotisent sur des bases spécifiques selon les époques, et beaucoup d'apprentis des années 1970-1990 ont des trimestres incomplets. Des dispositifs de rachat à tarif aidé existent pour les combler.

11

Carrière à l'étranger non coordonnée

Impact : variable, parfois majeur

Les périodes travaillées dans l'UE/EEE ou dans un pays lié à la France par une convention bilatérale comptent pour votre durée d'assurance. La coordination est complexe et les périodes étrangères manquent souvent au relevé français.

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12

Erreurs de coordination entre régimes

Impact : doublons ou trous de carrière

Salarié + indépendant, privé + public : vérifiez qu'aucune année ne dépasse 4 trimestres tous régimes confondus, et qu'aucune période ne tombe « dans le vide » entre deux affiliations. La liquidation unique (LURA) des régimes alignés ne corrige pas les données d'origine.

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0,625 %
de pension perdue par trimestre manquant non corrigé (décote, plafonnée à 20 trimestres) — et un salaire sous-évalué sur une bonne année réduit en plus votre salaire annuel moyen

Quand vérifier votre relevé ?

  • Vers 35-45 ans : un premier contrôle rapide. Les justificatifs de vos premières années (bulletins de paie, contrats) sont encore retrouvables — dans 20 ans, ce sera beaucoup plus difficile.
  • À 55 ans : le contrôle complet. C'est aussi l'âge à partir duquel le service en ligne « Corriger ma carrière » d'info-retraite.fr permet de signaler les anomalies directement.
  • 2 ans avant le départ : la vérification finale, impérative. Une correction prend de 2 à 18 mois selon la caisse et la complexité — la faire pendant l'instruction du dossier de retraite, c'est risquer un report de la date de départ ou une pension provisoire mal calculée.

Comment faire corriger une erreur ?

Trois canaux, dans l'ordre : le service en ligne « Corriger ma carrière » sur info-retraite.fr (accessible dès 55 ans), la demande écrite de rectification à la caisse concernée (recommandé avec accusé de réception, en citant la période exacte, l'erreur constatée et les justificatifs joints), puis — en cas de refus — la commission de recours amiable (CRA) de la caisse, à saisir dans les 2 mois suivant la notification. La procédure complète, caisse par caisse, avec les délais et les recours, est détaillée dans notre guide corriger son relevé de carrière.

Gardez tout, pour toujours
Bulletins de paie, certificats de travail, attestations France Travail, décomptes d'indemnités journalières : conservez-les jusqu'à la liquidation de votre retraite, sans limite de durée. En cas de litige, c'est à vous de prouver vos droits — et un bulletin de paie de 1987 ne se redemande pas.

Questions fréquentes

À quelle fréquence le relevé de carrière est-il mis à jour ?+
Les caisses enregistrent les déclarations des employeurs chaque année, mais avec un décalage : les dernières années peuvent légitimement être incomplètes. Une année vide il y a 10 ans, en revanche, est une anomalie à signaler.
Qui est responsable des erreurs sur mon relevé ?+
Les données viennent des déclarations des employeurs et des échanges entre organismes, mais en pratique, c'est à l'assuré de détecter et faire corriger les erreurs : aucune vérification systématique n'est faite à votre place avant la liquidation.
Quels justificatifs faut-il pour corriger une erreur ?+
Selon l'anomalie : bulletins de paie ou attestation d'employeur (salaires, trimestres), attestations France Travail (chômage), décomptes d'indemnités journalières (maladie, maternité), état signalétique et des services (service militaire), formulaires de liaison étrangers (carrière hors de France).
Une erreur ancienne peut-elle encore être corrigée ?+
Oui, tant que votre pension n'est pas liquidée — et même après dans certains cas. Il n'y a pas de prescription pour faire rectifier des droits non liquidés. Plus l'erreur est ancienne, plus la preuve est difficile : d'où l'intérêt de vérifier tôt.
Le relevé inclut-il la complémentaire AGIRC-ARRCO ?+
Le relevé consolidé d'info-retraite.fr inclut vos points AGIRC-ARRCO. Vérifiez-les avec la même rigueur que les trimestres : pour un salarié du privé, la complémentaire pèse souvent 30 à 60 % de la pension totale.
Combien de temps prend une correction ?+
De 2 à 6 mois pour un dossier simple avec justificatifs, jusqu'à 18 mois pour les cas complexes (multi-régimes, employeur disparu, périodes étrangères). D'où la règle : vérification complète au plus tard 2 ans avant le départ.
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