Arrêt maladie, invalidité, accident du travail : vos trimestres sont-ils bien comptés ?

Les périodes de maladie, d'invalidité et d'accident du travail valident des trimestres « assimilés » sans cotisation. Ces droits transitent par la CPAM et se perdent régulièrement en route — voici les règles exactes et la méthode pour vérifier.

Claude-Henri PoitouClaude-Henri PoitouSpécialiste retraite · 18 régimes
Publié le 10 juin 2026 · 9 min de lecture
L'essentiel
  • Maladie et accident du travail : 1 trimestre assimilé par période de 60 jours d'indemnisation.
  • Invalidité : 1 trimestre par trimestre civil comprenant 3 mensualités de pension d'invalidité.
  • Le titulaire d'une pension d'invalidité bénéficie du taux plein (50 %) sans condition de durée, comme l'assuré reconnu inapte au travail.
  • Ces trimestres transitent par la CPAM : les oublis de report sont fréquents, surtout en cas de changement de caisse ou de statut.

Un arrêt maladie long, une invalidité, un accident du travail : ces périodes n'arrêtent pas votre retraite. Le système valide des trimestres dits « assimilés » — sans cotisation — pour que les accidents de santé ne se transforment pas en accidents de pension. Mais ces droits reposent sur des échanges de données entre l'Assurance maladie et les caisses de retraite, et ces échanges perdent régulièrement des périodes en route. Sur un relevé de carrière, ce sont des trimestres invisibles : encore faut-il savoir ce qui aurait dû s'y trouver.

Les règles, situation par situation

Arrêt maladie

1 trimestre assimilé par période de 60 jours d'indemnisation, puis un trimestre supplémentaire à chaque nouvelle période de 60 jours. Un arrêt de 6 mois indemnisé en continu valide donc 3 trimestres. Les arrêts courts et fractionnés, eux, peuvent ne rien valider s'ils n'atteignent jamais 60 jours cumulés sur la période de référence.

Accident du travail et maladie professionnelle

Même règle : 60 jours d'indemnisation = 1 trimestre. Pour les incapacités permanentes, des dispositifs spécifiques de départ anticipé existent par ailleurs — mais ils supposent, eux aussi, que les périodes figurent correctement au relevé.

Invalidité

Le titulaire d'une pension d'invalidité valide 1 trimestre par trimestre civil comprenant 3 mensualités de pension — soit, en pratique, 4 trimestres par année complète d'invalidité. Et au moment de la retraite, l'invalidité ouvre un droit décisif : le taux plein à 50 % sans condition de durée d'assurance, dès l'âge légal. La pension reste proratisée si la carrière est incomplète, mais la décote est neutralisée.

Taux plein ne veut pas dire pension pleine
Le taux plein neutralise la décote (0,625 % par trimestre manquant), pas la proratisation : si vous totalisez 120 trimestres sur 170 requis, votre pension de base reste calculée sur 120/170e. Chaque trimestre assimilé récupéré augmente donc directement le montant — raison de plus pour traquer les périodes de maladie non reportées.
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Pourquoi ces trimestres disparaissent

  • La transmission CPAM → caisse de retraite : les indemnités journalières sont versées par l'Assurance maladie, qui doit signaler les périodes à la caisse de retraite. Les périodes anciennes (avant la dématérialisation) et les arrêts à cheval sur deux années sont les plus touchés.
  • Les changements de statut : passage salarié → indépendant, déménagement avec changement de caisse, périodes mixtes chômage-maladie. Chaque rupture de continuité administrative est un point de perte. Les carrières multi-régimes cumulent les risques.
  • Les invalidités reclassées : passage d'une catégorie d'invalidité à une autre, ou d'une pension d'invalidité vers la retraite pour inaptitude — les trimestres de la période de transition sont à contrôler systématiquement.

L'impact sur le calcul de la pension

Les trimestres assimilés comptent pour la durée d'assurance (atteinte du taux plein, calcul de la décote), mais une année passée intégralement en arrêt ne porte aucun salaire au relevé : elle est exclue du calcul du salaire annuel moyen — ce qui est plutôt protecteur, puisqu'elle ne tire pas la moyenne vers le bas. À noter : les indemnités journalières de maternité sont, elles, retenues dans le SAM à 125 % de leur montant. Voir notre guide maternité et retraite.

Attention enfin au départ anticipé carrière longue : les périodes de maladie et d'accident du travail n'y sont retenues comme « cotisées » que dans la limite de 4 trimestres, et l'invalidité dans la limite de 2 trimestres. Un long arrêt en début de carrière peut donc compter pour le taux plein, mais pas (entièrement) pour la carrière longue.

60 jours
d'indemnités journalières = 1 trimestre assimilé. Un arrêt long mal reporté peut coûter 2 à 4 trimestres — soit jusqu'à 2,5 % de pension en décote évitable

Comment vérifier et corriger

Récupérez vos décomptes d'indemnités journalières sur votre compte ameli (rubrique « Mes paiements ») ou demandez un relevé des périodes indemnisées à votre CPAM. Comparez ensuite chaque période de 60 jours avec les trimestres assimilés du relevé. Pour l'invalidité, le titre de pension et les relevés de versement font foi. En cas d'écart, la procédure de rectification est détaillée dans notre guide corriger son relevé de carrière.

Questions fréquentes

Un arrêt maladie de 3 semaines valide-t-il un trimestre ?+
Non : il faut 60 jours d'indemnisation pour valider 1 trimestre assimilé. Plusieurs arrêts peuvent toutefois se cumuler pour atteindre le seuil.
L'invalidité donne-t-elle droit au taux plein ?+
Oui. Le titulaire d'une pension d'invalidité (comme l'assuré reconnu inapte) obtient le taux plein de 50 % sans condition de durée d'assurance, dès l'âge légal. La pension reste proratisée si la carrière est incomplète.
Une année entière en arrêt maladie compte-t-elle dans mes 25 meilleures années ?+
Non : une année sans salaire cotisé est exclue du calcul du salaire annuel moyen. Elle valide en revanche des trimestres assimilés (1 par 60 jours d'indemnisation) qui comptent pour la durée d'assurance.
Comment prouver une période de maladie ancienne ?+
Par les décomptes d'indemnités journalières (compte ameli ou relevé demandé à la CPAM), les bulletins de paie mentionnant la subrogation, ou l'attestation de l'employeur. Conservez ces pièces jusqu'à la liquidation.
Les arrêts comptent-ils pour la carrière longue ?+
Partiellement : maladie et accident du travail sont retenus dans la limite de 4 trimestres « réputés cotisés », l'invalidité dans la limite de 2. Un long arrêt peut donc préserver le taux plein sans préserver l'éligibilité au départ anticipé.
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