- Le départ anticipé carrière longue repose sur 3 conditions cumulatives : avoir commencé jeune, totaliser assez de trimestres cotisés et justifier d'un quota de trimestres en début de carrière.
- Pour les générations 1970 et après (172 trimestres cotisés requis) : départ à 58 ans si début avant 16 ans, 60 ans avant 18 ans, 62 ans avant 20 ans, 63 ans avant 21 ans.
- Certaines périodes non travaillées comptent comme cotisées, mais plafonnées : service national et chômage indemnisé 4 trimestres max, maladie 4, invalidité 2. Les trimestres rachetés depuis 2008 et les majorations enfants sont exclus.
- Un seul trimestre de début de carrière manquant fait perdre le départ anticipé : jobs d'été, apprentissage et service militaire de jeunesse sont les premiers points à contrôler.
Vous avez commencé à travailler à 15, 16 ou 17 ans — apprentissage, premier emploi, exploitation familiale — et vous visez un départ avant l'âge légal. Le dispositif « carrière longue » existe précisément pour ça. Mais il ne suffit pas d'avoir cotisé longtemps : trois conditions se cumulent, et la plus piégeuse — le quota de trimestres validés en tout début de carrière — se joue sur des périodes anciennes, souvent mal reportées au relevé. C'est là que beaucoup de dossiers se cassent : un trimestre manquant à 16 ans, et le départ recule de deux ans.
Ce guide tient compte de la suspension de la réforme applicable au 1er septembre 2026 : les bornes d'âge indiquées ci-dessous sont celles applicables après cette suspension.
Les 3 conditions cumulatives
Le départ anticipé pour carrière longue n'est accordé que si les trois conditions suivantes sont réunies simultanément. Il suffit qu'une seule ne soit pas remplie pour que le départ soit refusé à la date espérée.
- Avoir commencé à travailler avant un certain âge (16, 18, 20 ou 21 ans selon la borne de départ visée).
- Justifier d'un nombre minimum de trimestres cotisés, tous régimes de base confondus.
- Justifier d'un nombre minimum de trimestres en tout début de carrière (le « trimestre de début de carrière »).
Combien de trimestres cotisés ?
Pour les assurés nés à compter de 1970, la durée cotisée exigée est de 172 trimestres. Attention : il ne s'agit pas de la durée d'assurance totale qui ouvre le taux plein, mais d'une durée réellement cotisée, calculée selon des règles propres au dispositif (voir plus bas les périodes admises et leurs plafonds). Pour le détail de la durée d'assurance par génération, voir notre guide combien de trimestres pour la retraite.
Le « trimestre de début de carrière » : la condition qui piège
C'est la troisième condition, et la plus mal connue. Il faut avoir validé un nombre minimum de trimestres avant la fin de l'année civile de votre 16e, 18e, 20e ou 21e anniversaire — selon la borne visée. Concrètement :
- 5 trimestres avant la fin de l'année des 16 / 18 / 20 / 21 ans pour les personnes nées en début d'année (janvier à septembre) ;
- 4 trimestres seulement pour celles nées en fin d'année (octobre à décembre), qui n'ont mécaniquement pas eu le temps de valider 5 trimestres avant le 31 décembre de leur année anniversaire.
Toute la difficulté est là : ces 4 ou 5 trimestres doivent figurer au relevé pour des années très anciennes — vos 15-16 ans — où les reports sont les plus fragiles. Un apprentissage non repris, un job d'été oublié, un service militaire mal rattaché, et la condition tombe.
Les bornes d'âge selon l'âge de début d'activité
Plus vous avez commencé tôt, plus tôt vous pouvez partir. Pour les générations nées à compter de 1970 (durée cotisée de 172 trimestres), les bornes sont les suivantes :
| Activité débutée avant… | Âge de départ possible |
|---|---|
| 16 ans | 58 ans |
| 18 ans | 60 ans |
| 20 ans | 62 ans |
| 21 ans | 63 ans |
Les générations antérieures relèvent de paramètres transitoires. Pour les générations 1964 à 1969, la durée cotisée progresse de 170 à 172 trimestres, et les bornes des 20 et 21 ans s'échelonnent (départ entre 60 ans et 3 mois et 62 ans selon l'année de naissance pour un début avant 20 ans, 63 ans pour un début avant 21 ans). Pour les générations nées du 1er septembre 1961 à 1963, les départs à 58 et 60 ans existent avec 169 à 170 trimestres cotisés. Une exception transitoire maintient même un droit à 168 trimestres pour les assurés nés entre le 1er septembre 1961 et le 31 décembre 1963 qui remplissaient les conditions avant le 1er septembre 2023.
Quelles périodes comptent comme « cotisées » — et leurs plafonds
Le cœur du dispositif, c'est la notion de trimestres réputés cotisés. Toutes les périodes validées au relevé ne comptent pas dans le décompte carrière longue. Certaines périodes non travaillées sont admises, mais dans la limite de plafonds stricts :
| Période | Plafond retenu |
|---|---|
| Cotisations à un régime français | Aucune limite |
| Assurance volontaire vieillesse | Aucune limite |
| Congé de formation | Aucune limite |
| Périodes à l'étranger (accord international) | Aucune limite |
| Maternité | Aucune limite |
| Service national | 4 trimestres |
| Chômage indemnisé | 4 trimestres |
| Maladie, accident du travail | 4 trimestres |
| AVPF (assurance vieillesse des parents au foyer) | 4 trimestres |
| Invalidité | 2 trimestres |
Ce qui est exclu du décompte
Deux catégories de trimestres comptent pour le taux plein mais ne comptent pas pour la carrière longue :
- Les trimestres rachetés à compter de 2008 (rachat d'années d'études ou d'années incomplètes) ;
- Les majorations de durée d'assurance pour enfants.
C'est une source classique de désillusion : un assuré qui a racheté ses années d'études pour « arrondir » sa durée d'assurance découvre que ces trimestres ne l'aident pas à atteindre le seuil cotisé du départ anticipé.
Déposez votre relevé de carrière : le moteur d'analyse reconstitue vos trimestres réputés cotisés année par année, contrôle le quota de début de carrière et identifie les périodes manquantes. Diagnostic gratuit.
Les erreurs à traquer sur VOTRE relevé
Le départ carrière longue se gagne ou se perd sur des détails de jeunesse. Selon votre parcours, voici les périodes à vérifier en priorité — ce sont celles qui valident le précieux trimestre de début de carrière.
Les jobs d'été et premiers emplois
Un été passé à travailler à 16 ans peut valider un trimestre — à condition que le salaire ait atteint le seuil de validation et que l'employeur ait déclaré. Ces premiers contrats, parfois courts ou saisonniers, sont les plus souvent absents du relevé. Or, à cet âge, chaque trimestre compte double : il sert à la fois la durée cotisée totale et le quota de début de carrière.
L'apprentissage
Les périodes d'apprentissage anciennes ont longtemps validé peu ou pas de trimestres faute de salaire suffisant. Des dispositifs de régularisation existent pour ces contrats. Si vous avez été apprenti avant votre majorité, c'est exactement le type de période à reconstituer : elle se situe pile dans la fenêtre du début de carrière.
Le service militaire
Le service national est admis comme période cotisée dans la limite de 4 trimestres. Au régime général, une période de service se valide par tranches de 90 jours, arrondi au trimestre supérieur (365 jours valident 5 trimestres). Encore faut-il que la période soit reportée et correctement rattachée à la bonne année. Souvent effectué autour de 18-20 ans, le service peut être déterminant pour atteindre une borne. Voir notre guide dédié au service militaire et trimestres de retraite.
Les périodes de chômage, maladie ou invalidité de jeunesse
Une période de chômage indemnisé (50 jours indemnisés valident 1 trimestre au régime général) ou d'arrêt maladie en début de vie active peut compter — mais uniquement dans la limite des plafonds vus plus haut (4 trimestres pour le chômage et la maladie, 2 pour l'invalidité). Vérifiez que ces trimestres sont bien reportés et qu'ils n'ont pas été comptés au-delà du plafond, ce qui fausserait le décompte.
L'impact sur la complémentaire AGIRC-ARRCO
Partir au taux plein dans le cadre de la carrière longue n'exonère pas automatiquement de la minoration temporaire de la complémentaire. Le coefficient de solidarité AGIRC-ARRCO peut s'appliquer sur la pension complémentaire lors d'une liquidation au taux plein carrière longue.
- Liquider 1 an après l'âge du taux plein du dispositif évite cette minoration ;
- Liquider 2 ans après ouvre droit à une majoration temporaire de 10 % de la complémentaire.
Arbitrer entre « partir le plus tôt possible » et « décaler d'un an pour préserver la complémentaire » est un calcul à faire au cas par cas. Cette logique de coefficient rejoint celle de la décote et de la surcote sur la base, détaillée dans notre guide surcote, décote et date de départ.
Pourquoi vérifier avant de déposer la demande
Le départ carrière longue est un dossier à enjeu maximal : l'écart entre un départ accepté à 58 ans et un refus reportant la retraite à 60 ou 62 ans se chiffre en dizaines de milliers d'euros. Et les erreurs de relevé ne sont pas marginales : selon la Cour des comptes, 1 pension nouvellement attribuée sur 9 comporte une erreur financière. Sur les périodes anciennes de début de carrière, justement les plus déterminantes ici, la probabilité d'une omission est encore plus forte.
L'analyse automatisée de votre relevé permet de reconstituer le décompte des trimestres réputés cotisés, de vérifier le quota de début de carrière et de repérer les périodes manquantes avant que la caisse ne statue — quand il est encore temps de produire les justificatifs (contrats d'apprentissage, états signalétiques des services militaires, bulletins de salaire d'été).