- Votre retraite a deux étages : la base CNAVPL (point à 0,6599 € en 2026) et la complémentaire CAVEC en points (point à 0,6119 € en 2026).
- La complémentaire CAVEC se cotise par classes (A à I) indexées sur votre revenu N-1 : la classe attribuée détermine le nombre de points acquis dans l'année.
- L'erreur la plus coûteuse : une classe mal positionnée par rapport à votre revenu réel — chaque classe ouvre un nombre de points fixe, de 54 (classe A) à 1 478 (classe I).
- Une carrière mixte (salarié de cabinet puis expert-comptable libéral) cumule des régimes distincts : la base CNAVPL n'entre pas dans la LURA, vos pensions restent séparées.
Expert-comptable inscrit à l'Ordre, commissaire aux comptes, ou les deux : dès lors que vous exercez en libéral, votre retraite obligatoire est gérée par la CAVEC (Caisse d'assurance vieillesse des experts-comptables et commissaires aux comptes). Comme toutes les professions libérales hors avocats, vous relevez de la CNAVPL pour la base, et de votre caisse de section — la CAVEC — pour la complémentaire. Deux étages, deux logiques de calcul, et autant de points de contrôle sur le relevé. La particularité de la CAVEC tient à sa complémentaire : elle ne se cotise pas en pourcentage du revenu, mais par classes. Un mécanisme qui crée des erreurs très spécifiques à votre profession.
Comment se calcule la retraite d'un expert-comptable
L'étage de base : la CNAVPL
La retraite de base des professions libérales fonctionne par points depuis 2004. La cotisation se répartit sur deux tranches de revenu : 8,73 % jusqu'à 1 plafond de la Sécurité sociale (557 points maximum), puis 1,87 % jusqu'à 5 plafonds (25 points maximum). La pension de base s'obtient en multipliant le total de points par la valeur du point, fixée à 0,6599 € en 2026, puis par un coefficient de liquidation. La CNAVPL est un régime aligné sur le régime général : le taux plein s'obtient à 67 ans quelle que soit la durée d'assurance, et la décote est de 1,25 % par trimestre manquant avant cet âge. Trois enfants et plus ouvrent une majoration de 10 % de la pension de base.
L'étage complémentaire : la CAVEC par classes
C'est ici que tout se joue pour un expert-comptable. La complémentaire CAVEC ne prélève pas un pourcentage de votre revenu : elle vous range chaque année dans une classe de cotisation, déterminée par votre revenu de l'année précédente (N-1). À chaque classe correspond une cotisation forfaitaire et, surtout, un nombre de points fixe. La pension complémentaire est ensuite égale au total des points acquis multiplié par la valeur du point, soit 0,6119 € en 2026.
| Classe 2026 | Revenu (N-1) inférieur à | Cotisation | Points acquis |
|---|---|---|---|
| A | 14 919 € | 898 € | 54 |
| B | 31 842 € | 3 476 € | 209 |
| C | 44 822 € | 5 554 € | 334 |
| D | 65 572 € | 7 632 € | 459 |
| E | 82 525 € | 11 020 € | 663 |
| F | 98 710 € | 14 408 € | 867 |
| G | 114 126 € | 17 796 € | 1 070 |
| H | 131 848 € | 21 184 € | 1 274 |
| I | au-delà de 131 848 € | 24 572 € | 1 478 |
L'écart est considérable : entre la classe A (54 points) et la classe I (1 478 points), le rapport est de plus de 1 à 27. Une classe sous-évaluée pendant plusieurs années laisse donc des trous de points difficiles à rattraper. À noter : la CAVEC permet d'opter pour une classe supérieure à celle imposée par votre revenu — un levier d'acquisition de points volontaire, à condition que cette option ait bien été enregistrée.
L'erreur n°1 : la classe mal positionnée
Parce que la classe dépend du revenu N-1, le calage peut déraper de plusieurs façons. C'est le contrôle prioritaire pour un expert-comptable, car une erreur de classe se traduit directement en points perdus :
- Une classe figée sur un revenu provisoire : la première année, ou après une forte variation d'activité, la caisse peut vous avoir maintenu dans une classe basse sans réajustement une fois le revenu réel connu.
- Une régularisation jamais opérée : un revenu N-1 corrigé a posteriori (rectification fiscale, déclaration tardive) sans mise à jour de la classe.
- Une option pour la classe supérieure perdue : si vous aviez choisi de cotiser au-dessus de votre classe, vérifiez que les points correspondants figurent bien année par année.
- Une année de cessation ou de réduction d'activité mal traitée, qui vous range dans une classe sans rapport avec votre activité réelle.
Déposez votre relevé de carrière : le moteur d'analyse contrôle, année par année, la cohérence entre vos revenus déclarés, votre classe CAVEC et vos points de base CNAVPL. Diagnostic gratuit.
Les points de contrôle propres à votre profession
Les points gratuits d'incapacité
La CAVEC prévoit, en cas d'incapacité supérieure à 6 mois, une exonération de cotisation assortie de points gratuits, attribués sur la base de votre moyenne des trois dernières années (ou de la cotisation minimale). Si vous avez connu un arrêt prolongé — maladie, accident — vérifiez que cette période ne figure pas comme une année blanche mais bien avec ses points gratuits. La base CNAVPL prévoit elle aussi une attribution de points en cas d'incapacité professionnelle de plus de 6 mois : les deux étages doivent être contrôlés séparément.
La carrière mixte : salarié de cabinet, puis libéral
Le parcours classique de l'expert-comptable mêle des années de salariat en cabinet (stage d'expertise comptable, collaboration avant association ou installation) et des années d'exercice libéral sous CAVEC. Ces deux périodes relèvent de régimes différents : régime général + AGIRC-ARRCO côté salarié, CNAVPL + CAVEC côté libéral. Point essentiel : la base des professions libérales n'entre pas dans la LURA (la pension unique des polypensionnés salarié/indépendant). Vous percevrez donc des pensions distinctes de chaque régime, chacune devant être vérifiée pour elle-même. Pour le détail des règles de cumul entre statuts, voyez notre guide carrière mixte salarié / TNS.
La décote sur la complémentaire
Comme la base, la complémentaire CAVEC applique une décote de 1,25 % par trimestre manquant avant l'âge du taux plein — sauf situation d'inaptitude. Inversement, prolonger l'activité au-delà de cet âge ouvre une surcote de 1,25 % par trimestre, dans la limite de 20 trimestres. Partir avant d'avoir le taux plein affecte donc vos deux pensions à la fois : l'arbitrage sur la date de départ se chiffre étage par étage.
Pourquoi vérifier, même quand on tient soi-même ses comptes
Maîtriser la comptabilité ne protège pas des erreurs de report : ce n'est pas vous qui saisissez les données dans le système de la caisse. La Cour des comptes a établi qu'1 pension nouvellement attribuée sur 9 comporte une erreur financière. Pour un expert-comptable, le risque se concentre sur deux points : le calage des classes CAVEC sur le revenu réel, et la cohérence des années à cheval entre salariat et exercice libéral. Un relevé relu à temps — bien avant le départ — laisse le temps de réunir les justificatifs et de demander les rectifications. Pour aller plus loin sur les anomalies génériques, consultez notre guide les erreurs fréquentes du relevé de carrière, et pour resituer votre caisse parmi les libérales, le guide retraite des professions libérales.