Retraite de l'expert-comptable (CAVEC) : les erreurs à vérifier sur son relevé

Expert-comptable ou commissaire aux comptes libéral, votre retraite repose sur deux étages : la base CNAVPL et la complémentaire CAVEC, organisée en classes de cotisation. Une classe mal positionnée selon votre revenu réel, des points gratuits oubliés ou une carrière mixte cabinet puis cabinet à votre compte : voici les anomalies à traquer.

Claude-Henri PoitouClaude-Henri PoitouSpécialiste retraite · 18 régimes
Publié le 14 juin 2026 · 10 min de lecture
L'essentiel
  • Votre retraite a deux étages : la base CNAVPL (point à 0,6599 € en 2026) et la complémentaire CAVEC en points (point à 0,6119 € en 2026).
  • La complémentaire CAVEC se cotise par classes (A à I) indexées sur votre revenu N-1 : la classe attribuée détermine le nombre de points acquis dans l'année.
  • L'erreur la plus coûteuse : une classe mal positionnée par rapport à votre revenu réel — chaque classe ouvre un nombre de points fixe, de 54 (classe A) à 1 478 (classe I).
  • Une carrière mixte (salarié de cabinet puis expert-comptable libéral) cumule des régimes distincts : la base CNAVPL n'entre pas dans la LURA, vos pensions restent séparées.

Expert-comptable inscrit à l'Ordre, commissaire aux comptes, ou les deux : dès lors que vous exercez en libéral, votre retraite obligatoire est gérée par la CAVEC (Caisse d'assurance vieillesse des experts-comptables et commissaires aux comptes). Comme toutes les professions libérales hors avocats, vous relevez de la CNAVPL pour la base, et de votre caisse de section — la CAVEC — pour la complémentaire. Deux étages, deux logiques de calcul, et autant de points de contrôle sur le relevé. La particularité de la CAVEC tient à sa complémentaire : elle ne se cotise pas en pourcentage du revenu, mais par classes. Un mécanisme qui crée des erreurs très spécifiques à votre profession.

Comment se calcule la retraite d'un expert-comptable

L'étage de base : la CNAVPL

La retraite de base des professions libérales fonctionne par points depuis 2004. La cotisation se répartit sur deux tranches de revenu : 8,73 % jusqu'à 1 plafond de la Sécurité sociale (557 points maximum), puis 1,87 % jusqu'à 5 plafonds (25 points maximum). La pension de base s'obtient en multipliant le total de points par la valeur du point, fixée à 0,6599 € en 2026, puis par un coefficient de liquidation. La CNAVPL est un régime aligné sur le régime général : le taux plein s'obtient à 67 ans quelle que soit la durée d'assurance, et la décote est de 1,25 % par trimestre manquant avant cet âge. Trois enfants et plus ouvrent une majoration de 10 % de la pension de base.

L'étage complémentaire : la CAVEC par classes

C'est ici que tout se joue pour un expert-comptable. La complémentaire CAVEC ne prélève pas un pourcentage de votre revenu : elle vous range chaque année dans une classe de cotisation, déterminée par votre revenu de l'année précédente (N-1). À chaque classe correspond une cotisation forfaitaire et, surtout, un nombre de points fixe. La pension complémentaire est ensuite égale au total des points acquis multiplié par la valeur du point, soit 0,6119 € en 2026.

Classe 2026Revenu (N-1) inférieur àCotisationPoints acquis
A14 919 €898 €54
B31 842 €3 476 €209
C44 822 €5 554 €334
D65 572 €7 632 €459
E82 525 €11 020 €663
F98 710 €14 408 €867
G114 126 €17 796 €1 070
H131 848 €21 184 €1 274
Iau-delà de 131 848 €24 572 €1 478

L'écart est considérable : entre la classe A (54 points) et la classe I (1 478 points), le rapport est de plus de 1 à 27. Une classe sous-évaluée pendant plusieurs années laisse donc des trous de points difficiles à rattraper. À noter : la CAVEC permet d'opter pour une classe supérieure à celle imposée par votre revenu — un levier d'acquisition de points volontaire, à condition que cette option ait bien été enregistrée.

1 478 points
ce qu'acquiert en un an un expert-comptable en classe I, contre 54 points en classe A. Une seule année rangée dans la mauvaise classe peut représenter des centaines de points de complémentaire — donc une rente amputée à vie

L'erreur n°1 : la classe mal positionnée

Parce que la classe dépend du revenu N-1, le calage peut déraper de plusieurs façons. C'est le contrôle prioritaire pour un expert-comptable, car une erreur de classe se traduit directement en points perdus :

  • Une classe figée sur un revenu provisoire : la première année, ou après une forte variation d'activité, la caisse peut vous avoir maintenu dans une classe basse sans réajustement une fois le revenu réel connu.
  • Une régularisation jamais opérée : un revenu N-1 corrigé a posteriori (rectification fiscale, déclaration tardive) sans mise à jour de la classe.
  • Une option pour la classe supérieure perdue : si vous aviez choisi de cotiser au-dessus de votre classe, vérifiez que les points correspondants figurent bien année par année.
  • Une année de cessation ou de réduction d'activité mal traitée, qui vous range dans une classe sans rapport avec votre activité réelle.
Votre revenu déclaré est votre meilleur juge de paix
Vous êtes expert-comptable : vous disposez de vos propres liasses, déclarations sociales et avis d'imposition. Reprenez votre revenu N-1 de chaque année et confrontez-le à la classe attribuée sur le relevé CAVEC. Si votre revenu franchissait un seuil de classe sans que la classe n'ait suivi, vous avez acquis moins de points que vous n'auriez dû. C'est la vérification la plus rentable de votre carrière.
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Les points de contrôle propres à votre profession

Les points gratuits d'incapacité

La CAVEC prévoit, en cas d'incapacité supérieure à 6 mois, une exonération de cotisation assortie de points gratuits, attribués sur la base de votre moyenne des trois dernières années (ou de la cotisation minimale). Si vous avez connu un arrêt prolongé — maladie, accident — vérifiez que cette période ne figure pas comme une année blanche mais bien avec ses points gratuits. La base CNAVPL prévoit elle aussi une attribution de points en cas d'incapacité professionnelle de plus de 6 mois : les deux étages doivent être contrôlés séparément.

La carrière mixte : salarié de cabinet, puis libéral

Le parcours classique de l'expert-comptable mêle des années de salariat en cabinet (stage d'expertise comptable, collaboration avant association ou installation) et des années d'exercice libéral sous CAVEC. Ces deux périodes relèvent de régimes différents : régime général + AGIRC-ARRCO côté salarié, CNAVPL + CAVEC côté libéral. Point essentiel : la base des professions libérales n'entre pas dans la LURA (la pension unique des polypensionnés salarié/indépendant). Vous percevrez donc des pensions distinctes de chaque régime, chacune devant être vérifiée pour elle-même. Pour le détail des règles de cumul entre statuts, voyez notre guide carrière mixte salarié / TNS.

Les années « charnières » sont les plus risquées
L'année où vous quittez le salariat pour vous installer en libéral concentre les anomalies : trimestres comptés en double ou perdus, revenus mal ventilés entre les deux régimes, première classe CAVEC calée sur un revenu nul ou forfaitaire. Ces années de transition méritent une lecture ligne à ligne, sur le relevé du régime général comme sur celui de la CAVEC.

La décote sur la complémentaire

Comme la base, la complémentaire CAVEC applique une décote de 1,25 % par trimestre manquant avant l'âge du taux plein — sauf situation d'inaptitude. Inversement, prolonger l'activité au-delà de cet âge ouvre une surcote de 1,25 % par trimestre, dans la limite de 20 trimestres. Partir avant d'avoir le taux plein affecte donc vos deux pensions à la fois : l'arbitrage sur la date de départ se chiffre étage par étage.

Pourquoi vérifier, même quand on tient soi-même ses comptes

Maîtriser la comptabilité ne protège pas des erreurs de report : ce n'est pas vous qui saisissez les données dans le système de la caisse. La Cour des comptes a établi qu'1 pension nouvellement attribuée sur 9 comporte une erreur financière. Pour un expert-comptable, le risque se concentre sur deux points : le calage des classes CAVEC sur le revenu réel, et la cohérence des années à cheval entre salariat et exercice libéral. Un relevé relu à temps — bien avant le départ — laisse le temps de réunir les justificatifs et de demander les rectifications. Pour aller plus loin sur les anomalies génériques, consultez notre guide les erreurs fréquentes du relevé de carrière, et pour resituer votre caisse parmi les libérales, le guide retraite des professions libérales.

Questions fréquentes

Pourquoi ma retraite d'expert-comptable a-t-elle deux étages ?+
Comme toutes les professions libérales hors avocats, vous relevez de la CNAVPL pour la retraite de base et de votre caisse de section — la CAVEC — pour la complémentaire. Les deux fonctionnent par points, avec des valeurs différentes : 0,6599 € pour le point CNAVPL et 0,6119 € pour le point CAVEC en 2026.
Comment est déterminée ma classe de cotisation CAVEC ?+
Par votre revenu de l'année précédente (N-1). Chaque classe, de A à I, correspond à un seuil de revenu, à une cotisation forfaitaire et à un nombre de points fixe — de 54 points en classe A à 1 478 points en classe I. La CAVEC autorise aussi l'option pour une classe supérieure à celle imposée par votre revenu.
Que se passe-t-il si j'ai été classé dans la mauvaise classe ?+
Vous avez acquis moins de points complémentaires que vous n'auriez dû, ce qui réduit votre rente CAVEC à vie. C'est l'erreur la plus coûteuse pour un expert-comptable : confrontez votre revenu déclaré N-1 de chaque année à la classe figurant sur le relevé et signalez tout décalage à la caisse.
J'ai été salarié en cabinet avant de m'installer : aurai-je une seule pension ?+
Non. La base des professions libérales (CNAVPL) n'entre pas dans la LURA, le dispositif de pension unique des polypensionnés salarié / indépendant. Vous percevrez des pensions distinctes : régime général et AGIRC-ARRCO pour vos années salariées, CNAVPL et CAVEC pour vos années libérales. Chacune doit être vérifiée séparément.
Une longue maladie crée-t-elle un trou dans mes droits CAVEC ?+
Pas nécessairement. En cas d'incapacité supérieure à 6 mois, la CAVEC prévoit une exonération de cotisation et l'attribution de points gratuits, calculés sur votre moyenne des trois dernières années ou sur la cotisation minimale. Vérifiez que cette période figure avec ses points et non comme une année blanche.
Partir avant 67 ans ampute-t-il mes deux pensions ?+
Oui. La base CNAVPL et la complémentaire CAVEC appliquent toutes deux une décote de 1,25 % par trimestre manquant avant l'âge du taux plein, sauf inaptitude. L'arbitrage sur la date de départ doit donc se chiffrer étage par étage avant de décider.
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