Non, l'âge de départ n'est pas « gelé à 64 ans » : ce que la suspension de la réforme change vraiment

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 suspend la montée en charge de la réforme de 2023. Résultat : l'âge légal est bloqué à 62 ans et 9 mois pour les générations 1963 à début 1965 — et 64 ans ne concernera que les générations 1969 et suivantes. Tableau complet.

L'essentiel
  • La suspension ne gèle pas l'âge à 64 ans : elle bloque la montée en charge à 62 ans et 9 mois pour les générations 1963 à début 1965.
  • Le palier de 64 ans ne s'appliquera qu'aux générations 1969 et suivantes (au lieu de 1968).
  • La durée d'assurance est aussi décalée : 170 trimestres pour les générations 1963 à début 1965, 172 à partir de 1966.
  • Les gagnants : générations 1964 à 1968, qui partent 3 à 6 mois plus tôt que prévu — à condition que leur relevé de carrière soit juste.

On lit beaucoup que la réforme des retraites a été « gelée à 64 ans ». C'est inexact — et cette confusion peut fausser des décisions de départ. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) suspend la montée en charge de la réforme de 2023, avec effet au 1er septembre 2026. Concrètement, le calendrier est arrêté là où il en était : 62 ans et 9 mois, le niveau atteint par la génération 1963. Voici le vrai calendrier, génération par génération.

Ce que dit la loi exactement

La suspension porte sur les deux paramètres de la réforme de 2023, désormais inscrits à l'article L. 161-17-3 du Code de la sécurité sociale :

  • L'âge légal cesse de monter : il reste à 62 ans et 9 mois pour les assurés nés entre le 1er janvier 1963 et le 31 mars 1965, puis reprend sa progression de 3 mois par génération pour atteindre 64 ans à partir de la génération 1969.
  • La durée d'assurance requise pour le taux plein est décalée de la même façon : 170 trimestres jusqu'aux assurés nés au 31 mars 1965, 171 pour la fin de la génération 1965, 172 à partir de 1966.
Ce que la suspension n'est pas
Ce n'est ni un retour à 62 ans, ni un « gel à 64 ans ». La réforme de 2023 n'est pas abrogée : sa montée en charge est suspendue au niveau atteint en 2025, et reprend ensuite pour les générations plus jeunes. Une nouvelle loi peut encore modifier ce calendrier dans un sens comme dans l'autre.

Le calendrier avant / après, génération par génération

Année de naissanceÂge légal prévu (réforme 2023)Âge légal après suspensionTrimestres requisCe que vous gagnez
196362 ans 9 mois62 ans 9 mois170Rien ne change
196463 ans62 ans 9 mois170 (au lieu de 171)− 3 mois et − 1 trimestre
1965 (janv.–mars)63 ans 3 mois62 ans 9 mois170 (au lieu de 172)− 6 mois et − 2 trimestres
1965 (avr.–déc.)63 ans 3 mois63 ans171 (au lieu de 172)− 3 mois et − 1 trimestre
196663 ans 6 mois63 ans 3 mois172− 3 mois
196763 ans 9 mois63 ans 6 mois172− 3 mois
196864 ans63 ans 9 mois172− 3 mois
1969 et après64 ans64 ans172Rien ne change

Les générations nées avant 1963 ne sont pas concernées : leur âge légal était déjà atteint ou fixé (62 ans jusqu'à août 1961, puis 62 ans 3 mois et 62 ans 6 mois pour les générations 1961-1962). Retrouvez le détail complet, avec sélecteur par année de naissance, dans notre guide combien de trimestres pour la retraite.

Qui sont les vrais gagnants ?

  • Né(e) en 1964 : vous partez à 62 ans et 9 mois au lieu de 63 ans, avec 170 trimestres au lieu de 171. Pour beaucoup, c'est un départ possible dès 2026-2027.
  • Né(e) entre janvier et mars 1965 : le gain le plus important — 6 mois d'âge et 2 trimestres de durée en moins.
  • Né(e) entre 1965 (avril) et 1968 : 3 mois de moins que le calendrier initial, mais la durée reste à 171-172 trimestres.
  • Né(e) en 1969 ou après : rien ne change — 64 ans et 172 trimestres, sauf nouvelle loi d'ici votre départ.
Votre date de départ vient peut-être d'avancer

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L'impact sur les carrières longues

Le dispositif carrière longue est maintenu. Pour les générations nées à compter de 1970, les bornes de départ anticipé sont les suivantes (sous condition de durée cotisée de 172 trimestres) :

  • Début d'activité avant 16 ans : départ possible dès 58 ans.
  • Début d'activité avant 18 ans : départ possible dès 60 ans.
  • Début d'activité avant 20 ans : départ possible dès 62 ans.
  • Début d'activité avant 21 ans : départ possible dès 63 ans.

Pour les générations 1964 à 1969, la durée cotisée exigée progresse de 170 à 172 trimestres selon la génération. Attention aux subtilités du décompte : seuls les trimestres cotisés comptent, avec des plafonds stricts pour les périodes assimilées — 4 trimestres maximum pour le chômage indemnisé, 4 pour la maladie et les accidents du travail, 4 pour le service national, 2 pour l'invalidité. Les trimestres rachetés depuis 2008 et les majorations pour enfants en sont exclus.

Piège fréquent
Un seul trimestre cotisé manquant sur votre relevé peut vous faire perdre le bénéfice du départ anticipé — et reporter votre départ de plusieurs mois, voire d'années. C'est le cas de figure où une erreur de relevé coûte le plus cher : vérifiez chaque année de début de carrière (apprentissage, jobs d'été, service militaire).

Ce qui ne change pas

  • La surcote de 1,25 % par trimestre travaillé au-delà du taux plein.
  • La décote de 0,625 % par trimestre manquant (plafonnée à 20 trimestres).
  • L'âge du taux plein automatique à 67 ans, quel que soit le nombre de trimestres.
  • Les majorations pour enfants et le calcul du salaire annuel moyen sur les 25 meilleures années (10 à 25 selon la génération, 25 à partir de 1953).

Que faire maintenant ?

  1. Recalculez votre date de départ avec le bon calendrier. Si vous êtes né entre 1964 et 1968, votre date a peut-être avancé de 3 à 6 mois — et votre durée requise a pu baisser.
  2. Vérifiez votre relevé de carrière sur info-retraite.fr. Un départ plus tôt ne sert à rien si des trimestres mal reportés déclenchent une décote. Les erreurs sont fréquentes : selon la Cour des comptes, 1 pension nouvellement attribuée sur 9 comporte une erreur financière.
  3. Anticipez les corrections. Rectifier une erreur auprès d'une caisse prend souvent de 6 à 18 mois. Pour un départ en 2027-2028, c'est maintenant qu'il faut agir.

Questions fréquentes

L'âge légal est-il revenu à 62 ans ?+
Non. La suspension bloque la montée en charge à 62 ans et 9 mois (niveau atteint par la génération 1963) pour les assurés nés jusqu'au 31 mars 1965. Elle ne revient pas sur les hausses déjà appliquées.
Je suis né(e) en 1964, quand puis-je partir ?+
À 62 ans et 9 mois, avec 170 trimestres requis pour le taux plein — au lieu de 63 ans et 171 trimestres prévus par la réforme de 2023. Vous gagnez 3 mois et 1 trimestre.
Qui devra partir à 64 ans ?+
Les assurés nés à partir du 1er janvier 1969, avec 172 trimestres requis. Entre 1965 et 1968, l'âge légal progresse de 63 ans à 63 ans et 9 mois selon la génération.
La suspension peut-elle être annulée ?+
Oui. C'est une suspension votée en loi de financement, pas une abrogation : une nouvelle loi peut reprendre, accélérer ou assouplir le calendrier. D'où l'intérêt de préparer son dossier sans attendre.
La carrière longue est-elle modifiée ?+
Le dispositif est maintenu : départ possible dès 58, 60, 62 ou 63 ans selon l'âge de début d'activité (avant 16, 18, 20 ou 21 ans), sous condition de durée cotisée (170 à 172 trimestres selon la génération). Les plafonds de périodes assimilées (4 trimestres de chômage maximum, etc.) restent applicables.
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