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Retraite du dirigeant TNS : le guide complet 2026

Gérant majoritaire, profession libérale, artisan : comment fonctionne votre retraite TNS en 2026, quels pièges éviter et comment optimiser votre pension.

Publié le avril 2026· 12 min de lecture· Par l'équipe SmartRetraite

Si vous êtes Travailleur Non Salarié — gérant majoritaire de SARL, président d'EURL, profession libérale, artisan, commerçant — votre retraite ne se prépare pas comme celle d'un cadre salarié. Les règles sont différentes, les pièges sont nombreux, et les erreurs se chiffrent rarement en centaines d'euros : on parle souvent de 20 000 à 80 000 euros perdus sur l'ensemble de la pension.

Onze ans à éplucher des dossiers de dirigeants m'ont convaincu d'une chose : le problème vient rarement du dirigeant. Il vient de la complexité du système, de la coordination défaillante entre régimes, et d'une littérature pratique quasi inexistante pour les TNS. Ce guide est là pour combler ce vide.

Qui est concerné par le statut TNS ?

Le statut TNS regroupe quatre grandes familles, chacune avec son propre régime de retraite.

Les gérants majoritaires de SARL et les associés uniques d'EURL. Vous cotisez à la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI, ex-RSI), intégrée depuis 2020 au régime général de la CNAV pour la retraite de base. Votre retraite complémentaire est gérée par le RCI (Régime Complémentaire des Indépendants).

Les artisans et commerçants en nom propre ou en EI. Même rattachement : SSI/CNAV pour la base, RCI pour le complémentaire.

Les professions libérales réglementées. Vous dépendez de la CNAVPL et d'une caisse de section : CARMF pour les médecins, CIPAV pour la majorité des libéraux non réglementés, CARPIMKO pour les paramédicaux, CARCDSF pour les chirurgiens-dentistes et sages-femmes, CAVP pour les pharmaciens, CARPV pour les vétérinaires, CAVOM pour les officiers ministériels, CPRN pour les notaires, CAVAMAC pour les agents généraux d'assurance, CAVEC pour les experts-comptables. Dix caisses, dix logiques différentes.

Les avocats ont leur propre régime, la CNBF, totalement autonome.

Ce que ces régimes ont en commun : ils fonctionnent à points pour le complémentaire, ils calculent vos droits sur l'assiette de cotisation que vous déclarez, et ils sont moins surveillés que la retraite des salariés. C'est précisément ce qui rend les erreurs si fréquentes.

Comment se construit votre retraite de TNS

Pour faire simple, votre future pension de TNS repose sur trois étages.

L'étage de base vous donne droit, comme à un salarié, à un nombre de trimestres validés et à un calcul sur le SAM (Salaire Annuel Moyen) — pour les TNS rattachés à la SSI, on parle plus précisément de Revenu Annuel Moyen, calculé sur les 25 meilleures années de revenus cotisés. Pour les libéraux, le calcul se fait sur l'ensemble des points acquis pendant la carrière dans la caisse de section.

L'étage complémentaire obligatoire fonctionne en points : vos cotisations annuelles achètent des points, multipliés à la liquidation par la valeur de service du point. Les valeurs varient d'une caisse à l'autre, et les rendements aussi. Pour donner un ordre de grandeur, un point CIPAV vaut plus qu'un point CARMF, mais s'achète plus cher.

L'étage facultatif, lui, est entre vos mains : Madelin pour les contrats antérieurs à octobre 2020, PER individuel depuis la loi PACTE, voire PER collectif si vous avez un PER d'entreprise dans votre structure. C'est l'étage que vous pilotez, et c'est aussi celui qui fait la différence entre une pension correcte et une pension confortable.

Le piège n°1 : les cotisations provisoires non régularisées

C'est l'erreur que je vois le plus souvent, et c'est aussi celle qui coûte le plus cher.

Quand vous démarrez votre activité en TNS, vos cotisations sont calculées sur une base provisoire (assiette forfaitaire ou revenus de l'année N-2). À l'année N+1 ou N+2, l'URSSAF régularise sur la base de votre revenu réel. Tant que tout va bien.

Le problème : si vous avez démarré il y a quinze ou vingt ans, et qu'à l'époque la régularisation ne s'est pas correctement répercutée sur votre relevé de carrière, vous avez des trimestres non validés sur des années où vous étiez pourtant cotisant.

J'ai vu un consultant indépendant qui pensait avoir 38 ans de carrière. Son relevé n'en validait que 32. Six ans de cotisations partis dans la nature parce que les régularisations 2003-2008 n'étaient jamais remontées dans son dossier. Récupérer ces trimestres à 60 ans, c'est possible, mais ça demande de retrouver les attestations URSSAF, parfois sur microfiches.

Vérification utile : sur votre RIS, comptez le nombre de trimestres validés par année d'activité. Une année complète d'activité TNS doit valider 4 trimestres dès lors que vous avez cotisé sur un revenu supérieur à 600 fois le SMIC horaire (soit 7 212 € sur la base du SMIC au 1er janvier 2025, à actualiser au 1er janvier 2026). Si vous voyez 1 ou 2 trimestres pour une année où vous étiez à temps plein, alerte.

Le piège n°2 : la coordination des régimes en carrière mixte

Beaucoup de dirigeants ont eu plusieurs casquettes. Salarié cadre dans leur trentaine, puis créateur d'entreprise, puis dirigeant de SARL, parfois de retour au salariat. Chaque période génère des droits dans un régime différent. Et chaque régime fait son calcul dans son coin.

La coordination, censée s'opérer automatiquement via la LURA (Liquidation Unique des Régimes Alignés) depuis 2017, fonctionne bien pour la base CNAV/SSI/MSA. Elle ne fonctionne pas pour les libéraux. Elle ne fonctionne pas non plus avec l'AGIRC-ARRCO et le RCI : ce sont deux complémentaires distinctes qui ne se parlent pas.

Conséquence : un dirigeant qui a cotisé 10 ans à l'AGIRC-ARRCO comme cadre puis 20 ans au RCI comme gérant aura deux pensions complémentaires séparées, calculées chacune avec ses propres règles. Il faut vérifier les deux relevés de points, pas un.

Là où ça se complique, c'est quand le passage d'un statut à l'autre s'est mal documenté. J'ai eu un client passé de salarié cadre à président de SAS sans changer de réalité économique : il a continué à cotiser AGIRC-ARRCO comme assimilé salarié, mais la CNAV avait basculé son dossier en TNS. Résultat, deux ans de trimestres validés en double et un calcul de SAM faussé. Un an de batailles administratives pour rectifier.

Le piège n°3 : les libéraux qui ignorent la CNAVPL

Si vous êtes libéral, vous cotisez d'abord auprès de votre caisse de section. Mais vos droits de base, eux, sont gérés par la CNAVPL. Beaucoup de libéraux pensent que leur caisse (CIPAV, CARMF, etc.) gère tout, et ne pensent jamais à vérifier leur compte CNAVPL.

Erreur. La CNAVPL valide vos trimestres de base sur la base des cotisations remontées par votre caisse. Si la caisse a mal transmis, les trimestres ne sont pas validés. Sur les dossiers CIPAV des années 2010-2015, c'est arrivé en série.

Réflexe à avoir : sur info-retraite.fr, regardez bien le détail du régime de base CNAVPL distinctement de votre régime complémentaire de section. Ce sont deux lignes séparées sur le RIS.

Optimiser : les trois leviers qui fonctionnent vraiment

Une fois le dossier sécurisé, on parle optimisation. Trois leviers, par ordre de rentabilité.

1. Le rachat de trimestres Fillon

Vous pouvez racheter jusqu'à 12 trimestres au titre des années d'études supérieures ou des années incomplètes. En 2026, le coût d'un trimestre racheté au taux plein varie de 1 700 € (à 20 ans, sur faibles revenus) à plus de 7 000 € (à 60 ans, sur revenus élevés). La rentabilité dépend de votre âge de rachat, de votre niveau de pension attendu et de votre espérance de vie.

Règle de pouce : un rachat est rentable si vous comptez vivre au moins 12 à 15 ans après votre départ en retraite, et si le rachat vous permet d'éviter une décote ou d'obtenir une surcote. Voir notre guide complet sur le rachat de trimestres 2026.

2. Le PER individuel

Vous déduisez les versements de votre revenu imposable dans la limite du plafond Madelin/PER : pour un TNS, ce plafond se calcule comme 10 % du bénéfice imposable dans la limite de 8 PASS, majoré de 15 % de la fraction de bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS — soit un plafond pratique de l'ordre de 87 000 à 89 000 € en 2026 selon le PASS retenu. Pour un dirigeant à la TMI 41 %, un versement de 20 000 € coûte effectivement 11 800 €. À la sortie, vous pouvez choisir capital, rente, ou panachage. C'est le levier le plus puissant tant que vous êtes en activité avec une TMI haute.

3. L'arbitrage rémunération-dividendes pour les gérants de SARL

Plus subtil. Au-delà de 10 % du capital social + comptes courants, les dividendes versés à un gérant majoritaire de SARL sont soumis aux cotisations sociales TNS. Donc soit vous vous rémunérez en salaire (= vous cotisez retraite), soit vous prenez des dividendes au-delà du seuil (= vous cotisez aussi). En dessous du seuil, les dividendes échappent aux cotisations mais ne génèrent aucun droit retraite.

Conclusion pratique : si votre objectif est de maximiser votre future pension TNS, privilégiez la rémunération à la dividende, dans la limite des plafonds qui plafonnent eux-mêmes vos droits.

Les contrats Madelin : où en est-on en 2026 ?

Vous avez peut-être un ou plusieurs contrats Madelin signés avant octobre 2020. Bonne nouvelle, ils continuent de produire leurs effets et restent alimentables si votre contrat le prévoit. Ce qui a changé depuis le 1er octobre 2020 (loi PACTE), c'est qu'on ne peut plus souscrire de nouveau contrat Madelin : la déductibilité fiscale dans une enveloppe retraite passe désormais par le PER. La question pour vous est donc moins « puis-je encore verser ? » que « ai-je intérêt à continuer sur le Madelin ou à transférer vers un PER ? ».

Trois situations courantes :

  • Madelin retraite « rente à vie » : à conserver tel quel jusqu'à la liquidation, transférer ensuite vers PER si vous voulez de la souplesse (capital plutôt que rente).
  • Madelin avec frais d'arbitrage : transfert PER vivement recommandé, les nouveaux PER ont des frais bien plus contenus.
  • Madelin prévoyance / mutuelle / IJ : ce sont des contrats distincts, ils ne sont pas concernés par le PER. Ne les touchez pas.

Le piège classique sur les Madelin retraite anciens : la rente vous engage à vie sur une table de mortalité figée à la signature. Si vous avez signé en 1995 sur une table favorable, gardez la rente. Si vous avez signé en 2018 sur une table récente moins avantageuse, le PER peut être plus pertinent.

Quand faire un audit complet de votre retraite TNS ?

Contexte 2026 : la réforme des retraites est suspendue à compter du 1er septembre 2026. Pour les TNS comme pour les salariés, l'âge légal et la durée de référence évoluent toujours selon le calendrier antérieur (62 ans pour les nés avant 09/1961, 64 ans à compter de 1969, 172 trimestres requis à compter de 1966), mais cette suspension peut faire bouger les paramètres dans les mois qui viennent. Raison de plus pour faire le point sur votre dossier maintenant plutôt que d'attendre la prochaine vague de textes.

Trois moments où l'audit est rentable.

À 50-55 ans, pour identifier les anomalies tant qu'il est encore temps de retrouver les justificatifs. Plus vous attendez, plus les pièces sont difficiles à reconstituer.

À 60-62 ans, pour cadrer la stratégie de départ : âge optimal, rachat de trimestres, arbitrage capital-rente sur le PER, surcote ou taux plein. C'est la fenêtre où une décision se chiffre directement en milliers d'euros par an de pension à vie.

Au moment de la liquidation, pour vérifier que les caisses ont correctement appliqué vos droits et contester les calculs erronés dans les délais de recours (2 mois après notification).

Combien coûte une retraite mal préparée

Un exemple chiffré, pour fixer les idées. Dirigeant de SARL, 62 ans, 35 ans d'activité, dont 8 ans de salariat puis 27 ans en TNS. Pension brute estimée par les caisses : 2 850 €/mois.

Audit complet :

  • 3 trimestres CNAV non validés sur 2002-2004 → +35 €/mois
  • 1 200 points RCI mal reportés sur 2011-2013 → +90 €/mois
  • Surcote sur 4 trimestres au lieu de 0 (en attendant 63 ans) → +180 €/mois

Total : +305 €/mois, soit +3 660 €/an, soit sur une espérance de vie de 22 ans après 62 ans, environ 80 000 € de pension supplémentaire.

Ce dossier n'a rien d'exceptionnel. C'est la médiane de ce qu'on trouve quand on regarde sérieusement.

Par où commencer

Si vous lisez ce guide en vous disant que c'est probablement votre cas, l'ordre logique est :

  1. Téléchargez votre relevé de situation individuelle (RIS) sur info-retraite.fr — c'est gratuit et c'est la base de tout audit sérieux.
  2. Sortez vos K-bis, attestations URSSAF, anciens bulletins de salaire si vous avez eu une période salariée.
  3. Comparez année par année : nombre de trimestres validés vs réalité de votre activité.
  4. Listez vos contrats facultatifs (Madelin, PER, assurance-vie ouverte avant 70 ans pour la transmission).
Conseil SmartRetraite : les dossiers TNS comptent parmi les plus complexes à analyser, parce qu'ils combinent trois étages de retraite, plusieurs caisses parfois mal coordonnées, et des historiques de cotisations qui s'étalent sur 30 ou 40 ans. Notre analyse automatisée croise vos données CNAV, SSI, RCI, CNAVPL et caisses libérales pour détecter les anomalies que vous ne verriez pas en lisant le RIS ligne à ligne.

Si vous voulez un regard expert sur l'ensemble, c'est exactement ce qu'on fait dans l'audit Expert : analyse complète du RIS, détection des anomalies, simulation des scénarios de départ, recommandations chiffrées sur le rachat et le PER. Voir l'offre Expert.

Pour aller plus loin, consultez aussi nos guides connexes : carrière mixte salarié et TNS et retraite des professions libérales (CARMF, CIPAV, CNAVPL).

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